Une vie enracinée dans le paysage : l’histoire d’André Chollat
Né en France le 13 mars 1942
Décédé sur Bowen Island le 2 juin 2025
Avec une profonde reconnaissance pour une vie magnifiquement vécue, nous nous souvenons d’André Henri Chollat, dont l’héritage remarquable dans le design paysager, l’engagement communautaire et la gestion écologique a touché tant de personnes, en particulier sur Bowen Island, en Colombie-Britannique.
Né à Vienne, en France — une ville riche en histoire romaine et en patrimoine architectural — les années formatrices d’André parmi les ruines antiques ont semé les graines de sa connexion entre les gens et leur environnement, une idée qui allait définir son œuvre.
Jeune homme, son parrain, remarquant son énergie débordante, lui suggéra une voie dans l’agriculture. André étudia l’horticulture dans une école agricole près de Lyon, où il obtint son diplôme avec mention, malgré un zéro en discipline.
« Je devais recevoir une médaille d’or, plaisantait-il, mais je n’ai eu qu’une médaille d’argent. »
Son éducation agricole en France était de niveau collégial — rigoureuse et reconnue — et ouvrait la voie à des études supérieures. Mais son parcours fut interrompu par le service militaire obligatoire. Il espérait étudier l’architecture paysagère, mais fut enrôlé dans l’armée, servant dans la division alpine (chasseurs alpins), entraîné pour le combat en montagne, mais envoyé en Algérie pendant une campagne violente.
Ces expériences façonnèrent profondément sa vision du monde, renforçant sa conviction que les solutions militaires ne résolvent jamais les problèmes humains.
« Quand on revient de la guerre, expliquait André, on ne réintègre pas la société sans difficulté. »
À son retour, il choisit de ne pas reprendre ses études, préférant le travail pratique dans des pépinières et des serres tropicales, se formant aux Pays-Bas.
André quitta la France en 1969 pour recommencer sa vie au Canada. Sa première année se déroula à Montréal, où il entretenait les plantes de l’hôtel Reine-Élizabeth et de la Place Ville-Marie. Ne trouvant pas satisfaction dans ce travail, il partit avec un collègue pour un road trip hivernal à travers le pays en Volkswagen. Arrivé à Vancouver, il déclara :
« Je ne suis jamais reparti. C’était en 1970. »
Parallèlement à son travail de paysagiste, André travailla pour Radio-Canada de 1970 à 2002, notamment comme coanimateur d’une émission matinale pendant quatre ans. Il devint ensuite reporter itinérant, produisant des séries sur les enjeux environnementaux et les plantes — l’une d’elles le mena aux jardins VanDusen, où il rencontra sa future épouse, Anne, ancienne géologue.
Arrivé sur Bowen Island en 1988, André apporta non seulement ses outils et son talent, mais aussi des générations d’histoire, de curiosité et une foi ardente dans l’importance du lieu. Au fil des décennies et de plus de 200 projets de jardin sur l’île, sa vision et ses mains ont façonné la terre en quelque chose de non seulement beau, mais profondément vivant et porteur d’histoires.
Son œuvre la plus visible est le jardin du Musée et des Archives de Bowen Island, conçu avec des choix intentionnels :
« Chaque plante a une raison. Chaque partie du jardin raconte une histoire. »
Il croyait que les bâtiments devaient se fondre dans l’environnement, que les espèces indigènes devaient être célébrées, et que les plantes, comme les gens, s’épanouissent quand on leur donne l’espace et les soins nécessaires pour appartenir.
Pendant 22 ans, André collabora avec John Riley pour concevoir et entretenir l’une des plus grandes collections privées de pommiers en Amérique du Nord. Il taillait les arbres deux fois par an, citant les exigences uniques du climat de Bowen. Les arbres étaient plantés en biais, formant un verger spécialisé et soigneusement organisé — peut-être l’un des seuls de ce type sur le continent.
En 2019, lorsque les Riley quittèrent Bowen Island, André continuait à tailler 1 200 pommiers (avec 900 variétés) du 1er au 15 mars et du 1er au 15 août. Ce verger est un témoignage de son héritage horticole, préservant un patrimoine vivant.
Homme d’humour, de générosité et de conviction, André ne cherchait jamais la reconnaissance.
« L’argent n’est qu’un outil. Ce qui compte, c’est de prendre plaisir à son travail. »
Il vivait selon ces mots, refusant les projets contraires à ses valeurs et construisant des relations aussi durables que ses jardins. Il incarnait une force tranquille et un engagement profond. Fier de vivre une vie « marginale » — non pas en périphérie, mais profondément indépendante, guidée par ses valeurs et son originalité bienveillante.
Il expliquait que le jardinage, bien que répétitif et exigeant, est une source de joie par sa créativité, son adaptabilité et sa connexion à la nature :
« On ne conçoit pas seulement pour les gens, disait-il, on conçoit pour les plantes, pour la lumière, pour la terre. Tout doit fonctionner ensemble. »
Il laisse derrière lui un paysage embelli par sa touche, et une communauté enrichie par sa sagesse, son art et sa douce résistance aux conventions.
André était une figure respectée de la communauté de Bowen Island : il siégea au comité Greenways, participa à des projets d’aménagement locaux, et défendit un développement réfléchi et une gestion environnementale durable. Avec Anne, il livra les journaux pendant six ans, ce qui leur permit de rencontrer les habitants et de comprendre le tissu social de l’île. Ils s’impliquèrent ensuite dans de nombreuses initiatives civiques, culturelles et écologiques.
André laisse dans le deuil son épouse Anne Franc de Ferrière, son filleul Ryland James, sa nièce adoptive Gemma Watts, quatre de ses six frères et sœurs, leurs conjoints, et une multitude de neveux et nièces.
Un grand merci à son équipe médicale : le Dr J. Fleetham (qui l’a suivi pendant 41 ans), le Dr Wortman de « Docs on the Bay », l’équipe MAID, ainsi que Daryl Nixon pour la belle musique, Cathy Bayly pour l’accès aux archives historiques, et Richard Helm pour les vidéos de 2020 (disponibles sur la page Facebook du Musée de Bowen Island).
Pour honorer sa mémoire et lutter contre le changement climatique, vous pouvez planter un arbre feuillu. Ses préférés étaient :
– le frêne blanc (Fraxinus americana) pour son parfum et les abeilles au printemps
– le « handkerchief tree » (Davidia involucrata) pour sa beauté
« Nous n’avons jamais essayé de faire de la terre ce que nous voulions. Nous l’avons laissée nous enseigner ce qu’elle pouvait devenir. »
Des mots qui capturent la philosophie de vie d’André et le cadeau durable qu’il nous laisse.
Une célébration informelle de la vie d’André Chollat aura lieu dans le Jardin aux grenouilles d’André et Anne, le dimanche 24 août 2025, de 14h à 16h.
Extrait d’un journal de Vancouver.